4 camps et leurs fans, une course en 2 manches, un seul vainqueur à l’arrivée.
Commençons par le fan du concurrent N°2…
Insulté depuis des semaines. Grâce à un incroyable virement
de bord de valeurs, le voilà devenu la pire ordure que l’océan France ait
portée. Tout y est passé depuis un gros mois. Le fan du concurrent N°2 est la
pire espèce qui soit.
Ceci-dit, ce fan a eu droit à une bouffée d’espérance. Au
soir d’une décision encore plus incompréhensible que d’habitude de Poséidon, un
élan est revenu. Comme un seul homme (ou une seule femme), les petits bateaux
qui jusqu’ici naviguaient chacun de leur côté (éventuellement en se balançant
quelques boulets de canon au passage) se sont réunis pour former un seul grand
navire. Oubliés les griefs, le moment était grave, il fallait reprendre les
luttes d’antan ! Alléluia !
Certes, ce fut laborieux ! L’union a tangué à peine
elle fut créée. Les guerres d’ego, les entourloupes au coin d’une
circonscription, les coups de poignard dans le dos firent ployer le navire,
mais il ne lâcha pas. À la force de quelques rameurs plus têtus que les autres,
il passa le cap du premier tour brillamment et rejoignit la deuxième position !
Alors oui, les bateaux 1, 3 et 4 lui étaient tombés dessus
pendant les 2 semaines de campagne. Les insultes avaient repris de plus belle.
Les médias et les concurrents s’étaient focalisés sur un vieux capitaine,
tandis que des petits marins travaillaient d’arrache-pied pour le faire
oublier.
Rien n’y avait fait, ils avaient réussi. Le fan du
concurrent N°2 était redevenu presque heureux.
Venons-en au fan du concurrent N°3
Lui-même surpris par la décision de son grand chef, il est
quand même revenu dans la course, aussi sidérant que cela puisse sembler aux
autres.
Dézinguant sur son passage tout ce qui n’était pas lui, il a
sorti les rames et repris la course. On se demande comment il pouvait encore y
croire, mais c’est sûrement parce qu’on est un peu naïf.
Lui, bien que s’étonnant des délires mégalos de son roi, a
poursuivi sa route. Ce qu’on ne savait pas, c’est que le plan était probablement
bien étudié. « On file tout droit pour le moment, on limite la casse au
premier tour, et on relance le plan habituel sitôt la campagne du 2è entamée ».
Eux seuls pouvaient croire que ça passerait. Et pourtant …
Le fan du concurrent N°4, quant à lui, a vécu aussi quelques
semaines bien mouvementées. Alors que sa traversée du désert n’en finissait pas
depuis des années, la dissolution surprise faisait imploser en plein vol le peu
qui restait de son bateau. Le capitaine filant à tribord toute, quelques
moussaillons se retrouvaient à l’eau. La porte restait close, aucune bouée ne
leur était lancée. « Démerdez-vous, il y a 3 bateaux qui trainent dans les
eaux à proximité, libre à vous de vous y réfugier » braillait le capitaine
depuis sa fenêtre. « Jamais ! » lui répondaient encore quelques
egos trempés jusqu’aux os. Les luttes intestines se poursuivaient sous les
regards amusés des autres concurrents. Le fan, quant à lui, ne savait plus trop
où donner de la tête. Les choix n’étaient guère reluisants à ses yeux.
Pour finir, le fan du concurrent N°1, a vécu sur le fleuve
le plus tranquille cette première étape. D’accord, il s’est fait copieusement
insulter lui aussi par tous les autres camps. Tous les superlatifs y sont
passés. Tirs groupés des 3 autres bateaux.
Ils avaient beau avoir repeint leur navire du plus joli
verni, certains n’étaient pas dupes et avaient continué à les associer à leur vieil
amiral. Les marins essayaient de s’en défendre, mais le vieux collait à leurs
basques comme un malabar abandonné sous une semelle. Le fan n’en eut cure. Peu
importe qui on lui proposait pour ce premier tour, il savait que c’était
maintenant ou jamais. Tous se levèrent donc et vinrent apporter un soutien sans
faille à leur bateau qui franchit la ligne d’arrivée avec une bonne longueur
d’avance. L’avenir s’annonçait serein ! Enfin, les 3 autres allaient voir
ce qu’ils allaient voir !
La course finale avait donc débutée avec 2 camps qu’on
pensait presque noyés, et 2 autres qui se suivaient à quelques encablures,
prêts pour la bataille finale qui désignerait le nouveau roi de la mer. Ils
débutèrent donc sereinement, leurs fans presque sûrs que le plan allait se
dérouler sans accroc.
Et puis … et puis… un iceberg se mit en travers de leur
route. Oh, il était plutôt discret, on le distinguait à peine au début. Mais le
capitaine du bateau N°2, celui que tout le monde pensait proche de l’abime,
avait semé le chemin d’embuches.
D’abord un barrage. Simple. Limpide. Indispensable pour le
concurrent N°2 et ses fans. Lancé comme une évidence. Les marins du concurrent
N°1 auraient beau ramer, c’était sans espoir. Comment lutter contre 2
moussaillons tenant une même rame ?
Et tandis que les rameurs du N°3 prêtaient main forte aux N°2,
ils en profitaient pour distiller lentement leur poison. Un écœurant goût de
coalition flottait à la surface.
« On leur a déjà
joué cette partition 2 fois, ils ne se laisseront plus prendre »
pouvait-on entendre ça et là. « Chut, soufflait la sirène en chef, ramez
avec eux et laissez-moi faire, ça va marcher ». Quelques dissidents
refusèrent la manœuvre, sautèrent dans leur propre navire et hurlèrent leur
refus. « Comment s’allier à celui qu’on insultait encore la semaine passée ?
Nous garderons notre honneur de marin ». Pas faux, pourraient penser
quelques fans égarés.
Du côté du concurrent N°2, il semble bien que l’iceberg et
les petits matelots infiltrés soient en voie de réussir leur objectif. Le
navire amiral prend l’eau de toute part. Des dizaines de barques s’auto
sabotent et coulent droit au fond. Conviction profonde ?
Naïveté ? Ou promesses
cachées ? Qu’est-ce qui les amène ainsi à se couler eux-mêmes ?
Les fans, eux, depuis la rive, observent ce désastre.
4 camps. 2 qui sont partis en position de force et qui se
délitent au fil de la semaine.
Des marins qui demandent à leurs fans de porter à la
victoire le bateau qui n’est pas le leur, pour éviter que N°1 ne finisse largement
en tête.
Ça vire de bord à tout bout de champ.
Le homard soutient le poisson qui lui-même aide la sirène.
Tout est bancal, rien ne va tenir, mais ils y vont tout
droit.
Sous les yeux médusés de leurs fans respectifs.
Les fans N°4 ne savent plus trop dans quelles eaux naviguent
leurs marins.
Les marins et les fans N°1 ont l’impression de s’être fait avoir.
Ils se sont pris pour le dauphin, mais la tortue leur a fait à l’envers.
Les fans N°2 doivent amener leur aide aux N°3, et
réciproquement (enfin peut-être, quand ils ont le temps mais pas toujours,
hein, faut pas pousser non plus !), quitte à se boucher le nez. « Vous
détestez N°3 ? Ben tant pis, c’est comme ça, faut faire avec. Il n’aide
pas trop votre N°2 ? Mais si, ça va venir, ne vous inquiétez pas ».
« Ne nous faites pas ça ! », crient tous les
fans inquiets et déçus.
Mais les loups de mer louvoient et tracent leur route. Les
prédateurs partent à l’abordage. Quelques sincères résistent, mais ils ne sont
que peu nombreux. Le gouvernail file invariablement. Adieu joli bâbord (bobard ?) fantasmé ! Poséidon
reprend la main. N°2 explose à nouveau.
Et les fans, de leur côté, boivent la tasse.