jeudi 4 juillet 2024

Métaphores aquatiques

4 camps et leurs fans, une course en 2 manches, un seul vainqueur à l’arrivée.

 

Commençons par le fan du concurrent N°2…

Insulté depuis des semaines. Grâce à un incroyable virement de bord de valeurs, le voilà devenu la pire ordure que l’océan France ait portée. Tout y est passé depuis un gros mois. Le fan du concurrent N°2 est la pire espèce qui soit.

Ceci-dit, ce fan a eu droit à une bouffée d’espérance. Au soir d’une décision encore plus incompréhensible que d’habitude de Poséidon, un élan est revenu. Comme un seul homme (ou une seule femme), les petits bateaux qui jusqu’ici naviguaient chacun de leur côté (éventuellement en se balançant quelques boulets de canon au passage) se sont réunis pour former un seul grand navire. Oubliés les griefs, le moment était grave, il fallait reprendre les luttes d’antan ! Alléluia !

Certes, ce fut laborieux ! L’union a tangué à peine elle fut créée. Les guerres d’ego, les entourloupes au coin d’une circonscription, les coups de poignard dans le dos firent ployer le navire, mais il ne lâcha pas. À la force de quelques rameurs plus têtus que les autres, il passa le cap du premier tour brillamment et rejoignit la deuxième position !

Alors oui, les bateaux 1, 3 et 4 lui étaient tombés dessus pendant les 2 semaines de campagne. Les insultes avaient repris de plus belle. Les médias et les concurrents s’étaient focalisés sur un vieux capitaine, tandis que des petits marins travaillaient d’arrache-pied pour le faire oublier.

Rien n’y avait fait, ils avaient réussi. Le fan du concurrent N°2 était redevenu presque heureux.


Venons-en au fan du concurrent N°3

Lui-même surpris par la décision de son grand chef, il est quand même revenu dans la course, aussi sidérant que cela puisse sembler aux autres.

Dézinguant sur son passage tout ce qui n’était pas lui, il a sorti les rames et repris la course. On se demande comment il pouvait encore y croire, mais c’est sûrement parce qu’on est un peu naïf.

Lui, bien que s’étonnant des délires mégalos de son roi, a poursuivi sa route. Ce qu’on ne savait pas, c’est que le plan était probablement bien étudié. « On file tout droit pour le moment, on limite la casse au premier tour, et on relance le plan habituel sitôt la campagne du 2è entamée ». Eux seuls pouvaient croire que ça passerait. Et pourtant …

 

Le fan du concurrent N°4, quant à lui, a vécu aussi quelques semaines bien mouvementées. Alors que sa traversée du désert n’en finissait pas depuis des années, la dissolution surprise faisait imploser en plein vol le peu qui restait de son bateau. Le capitaine filant à tribord toute, quelques moussaillons se retrouvaient à l’eau. La porte restait close, aucune bouée ne leur était lancée. « Démerdez-vous, il y a 3 bateaux qui trainent dans les eaux à proximité, libre à vous de vous y réfugier » braillait le capitaine depuis sa fenêtre. « Jamais ! » lui répondaient encore quelques egos trempés jusqu’aux os. Les luttes intestines se poursuivaient sous les regards amusés des autres concurrents. Le fan, quant à lui, ne savait plus trop où donner de la tête. Les choix n’étaient guère reluisants à ses yeux.

Pour finir, le fan du concurrent N°1, a vécu sur le fleuve le plus tranquille cette première étape. D’accord, il s’est fait copieusement insulter lui aussi par tous les autres camps. Tous les superlatifs y sont passés. Tirs groupés des 3 autres bateaux.

Ils avaient beau avoir repeint leur navire du plus joli verni, certains n’étaient pas dupes et avaient continué à les associer à leur vieil amiral. Les marins essayaient de s’en défendre, mais le vieux collait à leurs basques comme un malabar abandonné sous une semelle. Le fan n’en eut cure. Peu importe qui on lui proposait pour ce premier tour, il savait que c’était maintenant ou jamais. Tous se levèrent donc et vinrent apporter un soutien sans faille à leur bateau qui franchit la ligne d’arrivée avec une bonne longueur d’avance. L’avenir s’annonçait serein ! Enfin, les 3 autres allaient voir ce qu’ils allaient voir !

 

La course finale avait donc débutée avec 2 camps qu’on pensait presque noyés, et 2 autres qui se suivaient à quelques encablures, prêts pour la bataille finale qui désignerait le nouveau roi de la mer. Ils débutèrent donc sereinement, leurs fans presque sûrs que le plan allait se dérouler sans accroc.

Et puis … et puis… un iceberg se mit en travers de leur route. Oh, il était plutôt discret, on le distinguait à peine au début. Mais le capitaine du bateau N°2, celui que tout le monde pensait proche de l’abime, avait semé le chemin d’embuches.

D’abord un barrage. Simple. Limpide. Indispensable pour le concurrent N°2 et ses fans. Lancé comme une évidence. Les marins du concurrent N°1 auraient beau ramer, c’était sans espoir. Comment lutter contre 2 moussaillons tenant une même rame ?

Et tandis que les rameurs du N°3 prêtaient main forte aux N°2, ils en profitaient pour distiller lentement leur poison. Un écœurant goût de coalition flottait à la surface.

 « On leur a déjà joué cette partition 2 fois, ils ne se laisseront plus prendre » pouvait-on entendre ça et là. « Chut, soufflait la sirène en chef, ramez avec eux et laissez-moi faire, ça va marcher ». Quelques dissidents refusèrent la manœuvre, sautèrent dans leur propre navire et hurlèrent leur refus. « Comment s’allier à celui qu’on insultait encore la semaine passée ? Nous garderons notre honneur de marin ». Pas faux, pourraient penser quelques fans égarés.  

Du côté du concurrent N°2, il semble bien que l’iceberg et les petits matelots infiltrés soient en voie de réussir leur objectif. Le navire amiral prend l’eau de toute part. Des dizaines de barques s’auto sabotent et coulent droit au fond. Conviction profonde ? Naïveté ?  Ou promesses cachées ? Qu’est-ce qui les amène ainsi à se couler eux-mêmes ?

Les fans, eux, depuis la rive, observent ce désastre.

4 camps. 2 qui sont partis en position de force et qui se délitent au fil de la semaine.

Des marins qui demandent à leurs fans de porter à la victoire le bateau qui n’est pas le leur, pour éviter que N°1 ne finisse largement en tête.

Ça vire de bord à tout bout de champ.

Le homard soutient le poisson qui lui-même aide la sirène.

Tout est bancal, rien ne va tenir, mais ils y vont tout droit.

Sous les yeux médusés de leurs fans respectifs.

Les fans N°4 ne savent plus trop dans quelles eaux naviguent leurs marins.

Les marins et les fans N°1 ont l’impression de s’être fait avoir. Ils se sont pris pour le dauphin, mais la tortue leur a fait à l’envers.

Les fans N°2 doivent amener leur aide aux N°3, et réciproquement (enfin peut-être, quand ils ont le temps mais pas toujours, hein, faut pas pousser non plus !), quitte à se boucher le nez. « Vous détestez N°3 ? Ben tant pis, c’est comme ça, faut faire avec. Il n’aide pas trop votre N°2 ? Mais si, ça va venir, ne vous inquiétez pas ».

« Ne nous faites pas ça ! », crient tous les fans inquiets et déçus.

Mais les loups de mer louvoient et tracent leur route. Les prédateurs partent à l’abordage. Quelques sincères résistent, mais ils ne sont que peu nombreux. Le gouvernail file invariablement.  Adieu joli bâbord (bobard ?) fantasmé ! Poséidon reprend la main. N°2 explose à nouveau.

Et les fans, de leur côté, boivent la tasse.

 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire