dimanche 22 janvier 2017

2017, année de la désinformation ?

La semaine dernière, j’ai assisté à une conférence sur les dangers d’internet, dans le collège de ma fille. L’intervenant nous relatait tout ce qu’il avait expliqué à nos ados au cours de ses interventions dans les classes.
Il a notamment évoqué l’importance de développer l’esprit critique de nos jeunes et de leur faire prendre conscience que tout ce qui circule sur internet n’est pas forcément la vérité, loin de là. J’étais tout à fait d’accord avec lui, mais j’ajouterais qu’il me semble de plus en plus compliqué pour nous, adultes et parents de discerner le vrai du faux.
Le conférencier a avancé le fait qu’il était important que les jeunes distinguent les "vrais" médias. Qu’ils regardaient trop rarement les vrais sites d’infos comme Le Monde alors que nous, nous le faisions.
Mais à l’heure où ces médias n’ont plus aucune impartialité, à l’heure où les politiques passent leur temps à mentir où à relayer uniquement les infos qui les servent, qui croire ?
Le meilleur exemple en ce moment est notre cher nouveau président des Etats-Unis alias le roi du tweet! Depuis vendredi, circule la fameuse photo qui compare le nombre de présents aux investitures de Trump et d’Obama. Photo que « POTUS », lors d’un discours devant la CIA (quel rapport??) et par l’intermédiaire de son porte-parole a fortement décrié. Ce sont les méchants médias qui déforment l’information. Ils ont pris des photos sous des angles improbables pour laisser croire qu’il n’y avait personne. Et puis les pelouses étaient couvertes alors ça faisait pas la même impression. Et puis les installations étaient positionnées plus loin alors ça rendait pas pareil. Non, mais franchement ?? C’est à peine croyable et pourtant bien réel.
Comment allons-nous dans les mois à venir, être capable de discerner le vrai du faux si le président d’une des plus grandes puissances mondiales se défend comme un gosse pris la main dans le sac, à coup de tweets écrits en majuscules dès que quelque chose lui déplaît ?
Et finalement, qui a raison et qui a tort dans cette chamaillerie de cour d’école ? Je serais bien incapable de le dire. A moins d’avoir été présent à Washington ce jour-là, personne ne peut attester de la réalité…
On pourrait en dire autant pour la plupart des sujets actuels : la Syrie, les élections, les relations internationales, le froid… 
L’exemple de cette jeune interne et de sa vidéo partagée des millions de fois avant d’être savamment attaquée, pour ne pas dire publiquement lynchée, est très criante aussi. Êtes-vous capable de dire si elle y travaillait vraiment la semaine dernière aux Hôpitaux de Paris ? Moi je n’en sais rien … Alors qu'on aurait du retenir son discours très certainement sincère et assurément réel, il ne reste que la polémique et le doute. Bravo à ses détracteurs, ils ont réussi leur coup.
Les médias, tout support confondu, ne diffusent plus que des articles et reportages d’opinion, de réaction, de propagande et non des éléments argumentés ET contre argumentés, impartiaux et étudiés. Perso, je ne sais vraiment plus comment distinguer le vrai du faux, le juste de l’interprétation. Peut-être se contenter du Gorafi ? Au moins c’est divertissant et officiellement affiché que c’est bidon !


mercredi 18 janvier 2017

Viens, la suite, premier extrait




Lucie, été 2008

Appuyée à la rambarde de ma terrasse, je souffle la fumée de ma cigarette en laissant échapper un soupir. Me voilà à nouveau seule un samedi soir. Ce n’est pas vraiment ce que j’avais imaginé il y a quelques mois. Les souvenirs se frayent un chemin dans mes pensées. Je me revois recevant ce courrier de Lucas.
C’était il y a pas loin de deux ans. J’avais été transportée de joie et avais passé un week-end merveilleux en Alsace. Le concert, les deux jours avec LUI. Il avait choisi de me faire revenir et j’avais décidé de me laisser enfin aller au bonheur sans trop me poser de questions. J’avais suivi les conseils de Sandrine et profité à fond. Elle-même s’était rapidement installée à Strasbourg. Moi j’avais continué les allers-retours après cette première fois. Je connaissais la route par cœur. Nous la prenions à tour de rôle. Parfois il me quittait à quatre heures du matin pour rejoindre son boulot à huit heures. Je le faisais aussi. J’avais l’impression de retrouver ma jeunesse. Nous nous aimions comme des fous, comme des adolescents.
Après quelques temps les choses avaient suivi leur cours et nous avions envisagé la possibilité de vivre ensemble. Léna l’avait rencontré régulièrement et ils s’entendaient à merveille. Lucas jouait souvent avec elle et il semblait prendre plaisir à s’en occuper. C’était sa petite poupée, comme il l’appelait souvent. Je le vois encore le soir où il m’avait proposé de venir le rejoindre. Nous étions dans ma maison, assis sur mon canapé.
Tu serais prête à la quitter cette maison ?
Je ne sais pas. Pourquoi tu ne reviendrais pas plutôt dans les Ardennes ?
Lucas avait argumenté pendant des heures, il m’avait expliqué qu’il ne pouvait pas quitter Strasbourg, que son groupe tournait bien, qu’ils avaient de bons contacts et qu’il ne pouvait pas les lâcher alors qu’ils étaient tout près de réussir ce pour quoi ils travaillaient depuis des années. En effet, après leur concert à la Laiterie, beaucoup d’autres s’étaient enchaînés, jusqu’à une sélection l’année suivante pour le Printemps de Bourges. Là, ils avaient rencontrés un célèbre groupe de rock français qui les avaient pris sous leurs ailes. Ils leur avaient proposé de faire leurs premières parties pendant toute leur tournée et les avaient introduits auprès de leur maison de disque.
Impossible donc pour moi de lui demander de sacrifier cette carrière naissante pour revenir à Sedan. Je savais que Lucas m’en aurait voulu si je l’avais obligé à faire cela alors j’avais cédé. J’avais posé des candidatures dans tout le Bas-Rhin à la rentrée suivante et obtenu un poste satisfaisant dans une école primaire de Strasbourg à la rentrée 2007. Je n’avais jamais bougé de Sedan avant cela et avec un enfant et un rapprochement de conjoint, cela n’avait pas étrop compliqué.
J’étais consciente en partant que Lucas serait régulièrement absent en raison de ses concerts mais je ne pensais pas vraiment que ce serait à ce point. Les premières parties de XXX leur avaient amené une certaine notoriété et l’album, finalisé fin 2007, avait eu un succès immédiat. Les groupes de rock français avaient la cote à cette période. La chute de Noir Désir quelques années plus tôt avait laissé un vide qui ne demandait qu’à être comblé.
Je trouvais néanmoins que la maison de disque avait exigé de YYY des changements de style un peu trop marqués. Le rock festif qu’ils proposaient la première fois que je les avais vus à Metz s’était de plus en plus édulcoré pour devenir plus populaire et être plus facilement diffusé sur les radios. Cela avait fonctionné d’ailleurs, leur premier single tournait en boucle sur les ondes. Lucas avait du mal à accepter mes critiques. Il disait qu’il ne voyait pas de changement dans leur style, que j’étais de mauvaise foi. J’avais arrêté d’insister.
Il était grisé par ce succès naissant. Les ventes de l’album continuaient à augmenter au fil des sorties de singles et au printemps de l’année suivante, cette année en l’occurrence, Lucas m’avait fait la surprise de louer un nouvel appartement. Il avait tout organisé sans rien me dire et le jour de mon anniversaire il m’y avait emmenée. Yeux bandés, repas aux chandelles sur la terrasse sur laquelle je me trouve en ce moment, massages et nuit torride ne m’avaient pas laissé d’autre choix que celui de craquer sur ce magnifique logement.
Une cuisine dernier cri, un immense salon cerné de baies vitrées qui s’ouvrent sur une terrasse offrant une vue imprenable sur la cathédrale de Strasbourg. Une chambre et une salle de jeux pour Léna. Une suite parentale, comme Lucas se plaît à l’appeler, spacieuse et lumineuse. Le tout à dix minutes à pieds de l’école où je travaille et où est inscrite Léna. Cet appartement est un rêve éveillé. Un bien que je pensais ne pouvoir jamais m’offrir. D’ailleurs, ce n’est pas vraiment moi qui me le suis offert. Les revenus de Lucas contribuent largement à son financement tandis que mon salaire d’instit est anecdotique. Néanmoins, voulant garder une certaine forme d’indépendance, j’avais insisté pour en payer une partie. Je ne voulais pas dépendre intégralement de lui.
Quoiqu’il en soit, et aussi idyllique que puisse paraître ce tableau, je n’ai pas vraiment le moral ce soir. J’ai passé la journée seule car YYY jouait à Belfort et ils sont partis tôt ce matin. La nuit est maintenant bien avancée mais je ne parviens pas à dormir. Comment vais-je faire quand la tournée à proprement parlé aura commencée ? A compter du mois prochain, Lucas sera parti plusieurs jours par semaine. Il reviendra uniquement quand il aura quelques jours entre deux concerts. Je déteste rester seule. Une peur sourde s’insinue souvent en moi quand la nuit s’installe. C’est l’héritage que m’a si gentiment laissé Manu…
Manu. Je ne devrais pas penser à lui. Après l’agression qu’il m’a fait subir j’ai fait des cauchemars pendant de longues semaines. Heureusement que mon frère Michaël et son ami Eric sont restés chez mois aussi longtemps que cela a été nécessaire. Les cauchemars ont fini par s’estomper. Comme Lucas venait souvent le week-end ou que je le passais à Strasbourg, Michaël et Eric ont fini par quitter la maison pour s’installer tous les deux. Il fallait bien que je m’en sorte seule.
J’ai revu Manu uniquement lors de son procès, environ un an après l’agression. Il avait passé ces douze mois en détention provisoire. Je les avais passés heureuse d’être avec Lucas mais angoissée quand j’étais seule à la maison. Cela aussi avait d’ailleurs été un argument de choc pour que Lucas me persuade de le suivre. Il me disait que je ne pourrais pas tourner complètement la page tant que je serais dans les lieux où cela s’était passé. Il n’avait pas tout à fait tort car la vie à Strasbourg m’avait fait du bien.
Je venais juste d’y emménager quand j’ai reçu ma convocation pour le procès. Il m’a fallu retourner à Reims. Heureusement, cela a été très court. J’avais choisi d’accepter de qualifier ce qui s’était passé comme une simple agression sexuelle afin que Manu n’ait pas un procès en cour d’assises. Pas de jury populaire, pas de défilé de témoins à la barre, ça me paraissait plus supportable, à la fois pour moi et pour lui. La peine n’en avait pas pour autant été plus légère puisqu’il avait écopé de quatre ans de prison dont trois fermes.
Il m’arrivait régulièrement, comme ce soir, de penser à lui. Il devait être au fond de sa cellule en ce moment. Je me tourne vers l’appartement dont les lumières sont allumées. Ne suis-je pas moi aussi dans une prison ? Beaucoup plus dorée que celle de Manu, mais une prison quand même.
Je secoue la tête pour chasser ces pensées et prend une nouvelle cigarette dans le paquet posé sur la table près de moi. La solitude ne m’aide pas dans mes projets régulièrement avortés d’arrêter de fumer. Je m’appuie à nouveau sur la rambarde et observe la ville en dessous de moi. Tout est calme à cette heure. De temps à autre, je perçois des cris, quelques éclats de rire de jeunes probablement alcoolisés. Perdue dans mes rêveries, je n’ai pas entendu la porte-fenêtre s’ouvrir et Lucas se glisse jusqu’à moi sans que je m’en rende compte. Ce n’est que lorsqu’il soulève mes cheveux pour m’embrasser dans le cou que je sursaute.
Lucas ! Mais tu es fou de me faire une peur pareille !
Mon amour ! J’adore te surprendre.
Comment s’est passé ce concert ?
Bien. Mais on s’en moque, ajoute-t-il en m’embrassant avec fougue. Tu m’as trop manqué !
Il m’a tournée vers lui et continue à picorer mon cou de ses baisers, tout en me caressant le dos avec sensualité. Je le laisse faire quand il enlève mon gilet et fait glisser la fermeture éclair de ma robe. Je me retrouve très vite en sous-vêtements, au beau milieu de ma terrasse mais je ne pense pas une seconde à l’éventualité qu’un voisin nous aperçoive. Comme toujours, ses regards m’ont envoûtée et j’ai oublié les doutes qui me tenaillaient en son absence. Quand il est avec moi, tout n’est que pur bonheur. Je m’empresse donc de le déshabiller à son tour et lui rend ses baisers. Il m’assoit sur la table du salon de jardin pour me faire l’amour. C’est comme ça avec lui, peu importe le lieu ou le moment, il cède à ses envies sans se poser de questions. Et j’adore ça !


jeudi 15 décembre 2016

Un enfant de cinq ans ne devrait pas mourir sur une route

La grisaille est encore restée plaquée au sol aujourd’hui. Comment aurait-il pu en être autrement ? Le soleil et le ciel bleu, s’ils s’étaient montrés, auraient été indécents.
Qui ce matin n’a pas eu cette appréhension en prenant la route, cette boule au ventre, cette crispation de lendemain de drame ? Cette crainte de passer sur cette route empruntée quotidiennement mais qu’on ne pouvait que voir autrement aujourd’hui. Elle a tué hier, elle a tué des innocents, trop d’innocents. Des petites êtres qui auraient dû grandir encore et profiter de cette vie qu’on leur a fauché. Comment ne pas penser à ces mères de famille, ne pas faire le parallèle avec nos propres vies ? Ces mères de famille qui, en ce mercredi après-midi étaient sur la route avec leurs enfants, les emmenaient à la danse, à la gym ou chez l’orthophoniste ? Allaient voir leur grand-mère ou chercher les derniers cadeaux de Noël ? Comment ne pas penser à ces pères appelés au travail pour entendre l’indicible, l’insupportable.
Je ne sais pas ce qui s’est passé hier mais je sais ce qui se passe tous les jours. Je sais le téléphone portable regardé à la dérobée, parce qu’on a le temps, parce qu’il n’y a personne en face, parce qu’on maîtrise. Le téléphone décroché parce que c’est urgent, important, parce qu’on est en retard, parce qu’on maîtrise. La limitation de vitesse légèrement dépassée parce qu’on est pressé, parce qu’il est trop lent, parce qu’on maîtrise. La voiture doublée à l’arrache. Le tracteur doublé sans visibilité. La ligne blanche dépassée parce que c’est pas si dangereux. La limitation de vitesse largement dépassée parce qu’on aime aller vite. Les distances de sécurité pas respectées parce que ça sert à rien. Les incivilités, les priorités non laissées, les passages forcés parce qu’on est les plus forts, les rois de la route. Les vitesses non diminuées par temps de brouillard, de pluie ou de verglas.

Je pourrais continuer comme ça longtemps. On l’a tous fait, on a tous croisé ceux qui le font. On a tous eu peur mais ça n’arrive qu’aux autres, non ? Qu’avons nous à gagner à garder ces comportements indignes ? Pourquoi derrière un volant devient-on inconscients des dangers ? Pourquoi faut-il aller toujours plus vite ? Pour arriver une minute plus tôt ?

La vie est trop belle, trop précieuse. Elle sait réserver des destins funestes, il est inutile de l’y aider. Ces enfants ne méritaient pas ça. Ils ne méritaient pas que notre inconscience collective leur fasse subir cela. Essayons de penser à eux à chaque fois que nous viendra l’idée de dépasser, décrocher, accélérer, coller. Rappelons nous ces familles brisées et remettons les choses en perspective. Relativisons, freinons, laissons sonner, éloignons-nous, restons derrière.  

samedi 12 novembre 2016

Radios libres ?



Vous êtes vous déjà réveillé un matin, bien avant le réveil, en fredonnant un air qui vous horripile ? Avez-vous déjà eu en tête une de ces chansons, au demeurant extrêmement bien foutues car elles vous harcèlent toute une journée ? Ce genre de chanson dont il suffit d’entendre une note pour la chanter toute la journée ? Le générique de la Reine des Neiges est de celles-là. La preuve, ça y est, elle est en vous pour tout le samedi. Vous me maudirez jusqu’à ce soir quand vous vous surprendrez à fredonner « Libérée, délivrée ».
Il parait qu’une chanson qui reste en tête est une chanson réussie. Peut-être. Mais je crois aussi que le matraquage, le harcèlement que nous font les radios avec certaines musiques contribuent largement à les rendre entêtantes.
J’écoute la radio moins d’une heure par jour. Le temps de mon trajet quotidien en voiture. De cette petite heure, il faut enlever environ 20 minutes où je zappe sur une radio d’informations pour écouter les nouvelles. Enlevez aussi les pages de pub et il y en a toutes les 10 minutes à ces heures de grande écoute, ainsi que les bla-blas des animateurs et les jeux. Il ne reste plus beaucoup de temps pour de la musique, disons une petite demi-heure.
Eh bien pendant ces 30 minutes, j’entends systématiquement les mêmes chansons. Je jongle entre 2 radios et de l’une à l’autre, pas de différence. Pourtant il y a une locale et une nationale. De manière presque automatique, tous les jours, je retrouve Julien Doré, Les Frero delavega, Claudio Capeo, Boulevard des airs. Amir est un peu dépassé mais a longtemps été de ceux-là. Et puis quelques autres qui défilent mais dont je n’ai pas retenu les noms. On les entend, on les entend, on les entend jusqu’à l’overdose. Jusqu’à nous en écoeurer et nous les rendre insupportables si tant est qu’on avait pu les apprécier aux premières écoutes. Qui n’a pas eu envie de hurler et-ou de faire taire sa radio en entendant le p**** d’éléphant des Frero ? Qui n’a pas eu envie de bannir Bruxelles de ses destinations de voyage éventuelles ? A la limite, Claudio Capeo nous ferait presque avoir envie de gifler le premier SDF qu’on croise, juste parce qu’il a pu contribuer à lui inspirer ses insupportables airs (NB : ceci est bien sûr à prendre au 2è voire au 3è degré, je préfère préciser au cas où. Mon humour n’est pas toujours très clair J ).
Il y a quelques mois, les mêmes radios nous faisaient toutes des messages outrés sur les réseaux sociaux. Une loi allait passer qui les obligerait à diffuser un certain quota de chansons françaises ou quelque chose dans le genre. Levée de boucliers ! O scandale ! L’appareil législatif allait obliger les radios INDEPENDANTES et LIBRES  à diffuser certaines chansons. Le projet de loi a du passer aux oubliettes car on n’en a plus entendu parler mais quoiqu’il en soit, j’avais une légère impression de foutage de gueule à ce moment-là. Ces radios qui diffusent 20 fois par jour les mêmes titres allaient nous faire croire qu’elles le faisaient par goût ? Elles aiment tellement ces titres qu’elles n’ont envie de diffuser que ceux-là ? Une radio locale ne pourrait-elle pas s’ouvrir à des groupes locaux (elles me répondront qu’elles le font. Ok, j’admets, entre 23h et minuit le mardi !). Le nombre de titres existants dans le monde est tellement vaste que j’ai du mal à comprendre qu’on nous en passe dix en boucle. Je ne sais pas comment fonctionne le monde de la radio. J’imagine que derrière tout cela se cachent quelques histoires pécuniaires ?? Peut-être que je me trompe ? Peut-être que vraiment tous les animateurs de toutes les radios aiment les mêmes musiques au même moment ? Peut-être … Mais j’ai du mal à y croire, et j’ai eu du mal à croire à ces discours de radios libres et indépendantes …
Vous allez me dire « Arrête de ronchonner et écoute autre chose ». C’est vrai, je pourrais. Mais c’est bien la radio. Pendant les périodes de vacances scolaires, il n’y a quasi que de la musique pendant mes heures de circulation et là, comme l’audience doit être plus faible, on évite ce matraquage et c’est vachement agréable. On découvre des nouveaux titres, on retrouve des anciens. Et puis, j’avais envie de le dire tout simplement. Parce que, deux heures à tourner dans mon lit avec les éléphants des Frero qui marchaient dans ma chambre, de leur pas lourd et répétitif, c’était au dessus de mes forces.

mercredi 9 novembre 2016

Donald Président !



Nous sommes tous aujourd’hui, moi la première, surpris, choqués, consternés, atterrés. Les ricains sont fous. Comment ont-ils pu élire ce dingue ? Ce macho raciste, sexiste, milliardaire, star de la téléréalité ?
D’autres questions me traversent aussi l’esprit.

1-      Est-ce vraiment une surprise ?

Si les Clinton et consorts n’étaient pas ce qu’ils sont, Trump serait-il arrivé là où il est ? Les citoyens américains n’ont-ils pas voulu faire un gros fuck à la politique politicienne et à ses représentants ?  Ce gars arrive en disant ce que le peuple veut entendre, il fustige la classe politique traditionnelle, n’a rien à voir avec eux ni de près ni de loin (ou en tous cas, se revendique comme tel), il y avait de fortes chances qu’il passe.

2-      « En France, on ne ferait jamais ça ». Vraiment ?

Oublions un moment le côté téléréalité de ce cher Donald Duck. Euh, Donald Trump, pardon. C’est un style purement américain qui nous échappe complètement. Trump c’est la version XXL du populiste.
Prenons en un plus soft, une version européenne plus politiquement correcte et moins vulgaire. Imaginons qu’il commence à faire les mêmes promesses. Il va réinstaurer les frontières. Il va construire un mur anti-migrants partout où ce sera nécessaire (pas facile parce que la France a beaucoup de frontières mais c’est pas grave, il peut le faire). Il va renvoyer chez eux les étrangers qui volent les ressources des honnêtes citoyens. Il va baisser les impôts des classes basses et moyennes et augmenter ceux des plus riches (Lui-même est un riche ? Chut, chut, c’est pas le moment d’en parler, fermons les yeux sur ce détail insignifiant). Il va lutter contre le monde de la finance (celui-là même grâce auquel il s’est enrichi ? J’ai dit chut ! Ca suffit maintenant.). Il va s’opposer aux multinationales, taxer les produits d’importation et privilégier le made in France. Au passage, il fustige la gauche et la droite traditionnelles et dénonce sans vergogne les scandales de leurs membres les plus éminents.Il… 
Non, je vais m’arrêter là en fait. Je crois que c’est suffisant.
Mettez ce personnage là, maintenant, sur la scène politique française. Que se passera-t-il en 2017 ? Ne pourrait-il pas être élu lui aussi ?

3-      Quel sera l’avenir du monde avec un Donald aux commandes du plus puissant pays de la planète ?

Je vois 3 options possibles :

-         Il met en œuvre sa politique et tout se casse la gueule. L’économie s’effondre. La pollution gagne du terrain. New York, Los Angeles et Chicago se transforment en Pékin malgré les protestations véhémentes de Léonardo qui, entre temps, s’est installé en Suède. La moitié de la population qui ne voulait pas de Trump descend dans la rue et les émeutes se multiplient. Le pays implose, entraînant le reste du monde dans sa chute.  

-         Il met en œuvre sa politique et rien ne se passe. Les Etats-Unis font leur bonhomme de chemin, tranquilles dans leur isolationnisme et le reste du monde ne s’en porte pas plus mal. 

-         Il poursuit sur la lancée de son premier discours en tant que President Of The United States Of America et devient comme tous ceux qu’il fustigeait et haïssait jusqu’à hier. Quelques (gros) pots de vin et le voilà officiellement à la botte du lobby des armes, du pétrole, de l’agro-alimentaire, des industries pharmaceutiques et de tout le reste. La vie reprend son cours. Il annule quand même le Obamacare, histoire de paraître encore un peu crédible (et puis, faut dire que cette réforme embêtait certains de ses nouveaux amis). Il poursuit les accords commerciaux avec le Mexique, fait le forcing sur l’Europe pour signer le TAFTA, gronde un peu Poutine parce que quand même, c’est pas beau ce qu’il fait en Syrie puis lui tape sur l’épaule hors caméra. Il applaudit des deux mains les accords de la COP23, prend Léo dans ses bras à cette occasion en s’excusant auprès de lui. Il va les fermer bientôt les centrales à charbon, promis. Le gaz de schiste, il sait que c’est dangereux mais il fait juste quelques tests pour voir. Juré, après il arrête. Bref, il rentre dans le moule. Il a eu ce qu’il voulait, plus la peine de faire semblant !

Pour conclure, je crois vraiment que le monde est malade. Très gravement malade. Une tumeur gigantesque aux multiples ramifications. Et Trump en est un symptôme. Un symptôme plus virulent et plus visible que tous ceux qui l’avaient précédé.
Reste à savoir si ce symptôme annonce que la phase terminale est amorcée, qu’il est trop tard pour stopper la maladie ou si, au contraire, il va éveiller les consciences de tous les médecins potentiels et que chacun tentera enfin de le soigner, notre monde agonisant.

mardi 19 juillet 2016

(Di)visions

- Papi !

La voix de ma petite fille me semble arriver de très loin. Où est-elle encore allée se fourrer ?

- Papi ! Papi !

La voix se rapproche. Je suis assis dans mon fauteuil. Je pose mon livre sur la petite table à côté de moi et attends que la furie arrive. Quelques secondes plus tard, elle entre en trombe dans le salon et se précipite sur moi. Elle est essoufflée mais parvient à articuler :

- Papi ! Regarde ce que j’ai trouvé dans le grenier. Qu’est-ce que c’est ?

Elle pose l’objet sur mes genoux. Je suis prêt à la gronder puisqu’elle n’est pas autorisée à fouiller dans les malles qui sont alignées depuis des années sous les combles, mais je reste sans voix. J’ouvre la boite en carton défraîchie. J’enlève le polystyrène et le papier bulle, qui à eux seuls ne manquent pas de laisser perplexe ma petite fille, et sors de son emballage un ordinateur. C’est un petit notebook noir. Ca doit faire 40 ans que je ne l’ai pas vu. Je le caresse doucement pour nettoyer la poussière qui s’y est déposée malgré les protections. Ma petite fille s’impatiente :

- Papi, c’est quoi ?
- C’est un ordinateur ma chérie. Je m’en servais quand j’avais une vingtaine d’années.
- Tu veux dire …

Elle laisse sa phrase en suspens quelques secondes avant de poursuivre :

- … pendant la Période d’avant, c’est ça ?
- Oui, c’est exactement ça, jeune fille.

Elle semble surexcitée. Je ne comprends pas pourquoi les jeunes sont si fascinés par cette Période ? Certainement parce qu’ils ne la connaissent pas. Ils ne font que l’effleurer à travers leurs livres d’histoire et grâce à quelques films ou documentaires qui osent l’aborder. Mais ceux-ci sont très rares. Les générations qui ont vécu cette Période ne veulent plus en parler. On dirait que nous avons peur de transmettre aux enfants un virus qui les ramèneraient vers la folie que nous avons vécue il y a 40 ans.

Pourtant, cacher quelque chose à un jeune, il en sera d’autant plus curieux...Je décide donc de saisir l’occasion qui m’est offerte de donner un début d’explications à ma petite fille.

- Va me chercher un adaptateur pour brancher cette prise, dis-je en lui montrant l’antique fil électrique.

Dégourdie et curieuse, elle sait exactement de quoi j’ai besoin et me ramène rapidement le bon accessoire. Je me demande pourquoi j’ai encore cet adaptateur, et même pourquoi on en a fabriqué un jour. Comme quoi, les anciens ont peut-être gardé un tout petit peu de nostalgie et ont envie de pouvoir se replonger dans leur vie passée s’ils le souhaitent.

Je branche l’ordinateur qui s’allume rapidement. Etonnant comme il fonctionne encore bien après si longtemps. Je ne sais pas s’il va être capable de se connecter à l’actuel réseau internet. Celui-ci est tellement plus sophistiqué. En effet, un « pop-up », comme on le disait à l’époque, m’indique « connexion WIFI échouée. Veuillez réessayer ».

- C’est quoi du WIFI ?, déchiffre la fillette.
- C’est ce qui nous permettait d’aller sur internet.
- C’était votre téléphone alors ?

Elle a déjà vu ce mot dans des livres et n’en comprend pas trop la portée. Aujourd’hui, le Réseau, comme on le nomme, ne sert qu’à communiquer. Ses ondes sont sans aucun danger pour l’homme et il permet de se parler par écran interposé. Plus de téléphone, d’ordinateur, de tablette, nous avons seulement un écran dans le salon qui nous sert à appeler notre famille ou à regarder un film. Nous ne ressentons plus le besoin incessant d’être connecté et d’avoir à portée de main un outil de communication. Il reste à la maison et cela nous convient très bien. Je finis par répondre :

- Internet me permettait de faire beaucoup de choses à cette Période. On écoutait de la musique, on regardait des films, on s’envoyait des messages, on consultait notre compte en banque, on achetait des choses, on faisait nos courses…

Elle m’interrompt :
- Je ne comprends rien. C’est quoi « faire des courses » ou « consulter son compte j’sais pas quoi » ?

Je double-clique sur l’icône du navigateur internet, retrouvant mes anciens réflexes. Une page blanche s’affiche avec au milieu la barre de recherche google. Inutile d’essayer d’y saisir quelque chose, il n’y a pas de connexion… Et puis, google n’existe plus depuis bien longtemps ! Je referme et essaie d’ouvrir les différentes applications. D’abord celle de ma banque puisqu’on vient d’en parler. Une série de chiffres apparaît.

- Quand j’étais jeune, tout le monde mettait son argent sur un compte en banque. Regarde, ajouté-je en riant, moi j’avais moins 122 euros sur le mien.
- Comment tu pouvais avoir quelque chose en moins ? Si c’est moins que zéro, ça n’existe pas ?
- C’est vrai ma puce. Tu as tout à fait raison. Mais tout était comme ça en 2016 : on achetait plein de choses en payant avec de l’argent virtuel. Tout transitait par les ordinateurs. Certains gagnaient beaucoup d’argent comme ça.
- Et ils en faisaient quoi de cet « argent » ? demande-t-elle comme s’il s’agissait d’un gros mot.
- Ils achetaient de nouvelles choses.
-Et ils faisaient quoi avec ces nouvelles choses ? Ca pouvait être quoi par exemple ?
- Des meubles, des maisons, des voitures, des livres, des voyages, de la nourriture …
- De la nourriture ? Il fallait donner ce que tu appelles de l’argent pour manger ?
- Oui, tu achetais de quoi te nourrir dans les supermarchés, réels ou virtuels.

La petite est effarée. Pour essayer de lui faire comprendre, j’ouvre l’application de mon supermarché en ligne. A l’écran s’affiche la page telle qu’elle était le jour où je l’ai fermée il y a 40 ans : une liste de courses est prête. De la bière, des pâtes, des chips. Une vraie liste d’étudiant ! La petite regarde les images sans comprendre.

- Mais qu’est-ce que c’est que ces aliments ? Il y a des boites bizarres !
- La même chose que ce que tu connais aujourd’hui mais déjà transformés, prêts à être consommés.
- Tu veux dire que vous donniez de l’argent pour avoir des aliments tout prêts et conservés dans ces horribles boîtes, plutôt que d’aller cueillir un fruit dans votre jardin ?
- Et oui. Tu sais, on vivait dans des grandes villes où la plupart n’avaient pas de jardin. Et même ceux qui en avaient un, ça ne suffisait pas à nourrir une famille. Seuls certains, des agriculteurs, élevaient des animaux ou cultivaient des fruits ou des céréales. Ensuite ils les vendaient à quelqu’un qui les transformait en steack, en boulettes, en confiture. Ce quelqu’un vendait à un grossiste, qui revendait à un supermarché qui nous revendait.
- Mais c’est idiot. Pourquoi vous n’achetiez pas directement à celui qui faisait pousser les fruits. Vous auriez gagné du temps !
- Comme tu dis ma poupette ! On voulait toujours plus de choses en donnant toujours moins d’argent. Alors les agriculteurs utilisaient des produits dangereux pour faire pousser les fruits plus vite et pour en vendre de plus en plus.
- C’est n’importe quoi, me coupe la fillette. Montre-moi autre chose. Ca qu’est-ce que c’est ?

Elle désigne une icône bleue avec un « f ». Facebook. Je clique. Là encore, apparaît mon mur tel qu’il devait être la dernière fois que j’ai ouvert mon ordinateur. Ce devait être fin décembre 2016. Avant qu’on entre dans la Période d’après.

Tandis que je fais glisser la souris, des mots oubliés défilent devant mes yeux : attentats, morts, daesch, classe politique, élections, unité nationale, nucléaire, innocents … Sans que je m’en rende compte, une larme coule sur mon visage. Ma petite fille ne semble plus excitée. Elle fixe la larme qui descend le long de ma joue.

- Papi, je suis assez grande maintenant. Raconte moi comment c’était et comment on a basculé dans la période d’après.

Je cherche mes mots. Elle ne peut pas comprendre. Elle vit dans un monde de paix. Pas de religion. Pas de politique. Pas de démocratie ni de dictature. Pas d’argent. Pas de bourse. Pas de riches, pas de pauvres. Pas d’attentat. Pas d’autre mort que celle que la nature apporte à force de vieillesse. Comment lui expliquer ? Je me lance :

- En 2015 et 2016 il y a beaucoup de morts : des accidents sur les routes, des avions qui s’écrasent, des maladies qu’on ne soigne pas car les remèdes sont vendus trop chers, des produits nocifs répandus partout sur terre, des gens qui meurent de faim…

Elle ne dit plus rien mais m’observe d’un air grave et attentif. Je poursuis :

- Et puis il y a les attentats. Partout, tout le temps. Ce sont eux qui ont été la goutte d’eau je crois. Le 14 juillet, celui de Nice avait laissé la France chancelante, dépassée, haineuse. On avait tué des enfants. Après il y en a eu d’autres : Francfort, Manchester, Istambul. Plus le temps passait, plus le monde semblait sombrer dans la folie. La limite a été atteinte fin décembre. Le jour de Noël, l’état islamique a réussi à faire exploser une centrale nucléaire à Dallas. La ville a été rayée de la carte en quelques secondes.

Elle est médusée. Elle ne comprend pas Noël, ni l’EI. Elle ne sait pas ce qu’était le nucléaire. Toutes ces technologies dangereuses ont été effacées de la mémoire collective. Mais pourtant elle m’invite à poursuivre.

- Donald Trump venait d’être élu président des Etats Unis. Ca faisait un mois qu’il était au pouvoir. Ce type était complètement dingue. Aussitôt il a voulu répliquer. Deux jours plus tard, une bombe atomique explosait sur le territoire de l’EI, entre la Syrie et l’Irak.

Je reprends mon souffle. Des gouttes de sueur se sont maintenant ajoutées à mes larmes.





*****
Proposition 1 : Si vous croyez en l’humanité, je vous invite à lire cette suite :

- C’était le truc de trop. Le monde entier a semblé sentir qu’il fallait agir. Il avait fallu des millions de morts pour qu’enfin une conscience collective se mette en place. Les informaticiens les plus brillants se sont regroupés et ont hacké tout ce qu’il était possible de hacker. Ils ont empêché toute communication entre les membres de daesh. Ils ont pénétré les serveurs de tous les gouvernements, de toutes les banques et ont transféré l’argent d’un compte à l’autre au gré de leurs envies. Tout est allé tellement vite que les hommes politiques, focalisés sur LEUR guerre, n’ont rien anticipé. Dans le même temps, tous les peuples sont descendus dans les rues. La jeunesse ne voulait plus de la société qu’on lui proposait. On a pillé des banques, brûlé les sièges des grandes multinationales, démonté pierre après pierre chaque bâtiment institutionnel.
- Tu y étais toi Papi ?
- Oui, ma puce, j’étais à Paris. Je revois encore très clairement le quartier de la défense en flammes. L’incendie a duré plusieurs jours. C’était de la folie ….


*******
Proposition 2 : si vous ne croyez plus en l’humanité, je vous propose plutôt cette suite :

- C’était le truc de trop. Etrangement, la terre a semblé atteindre elle aussi la limite de ce qu’elle pouvait supporter. Avant que Trump continue, avant que l’EI ne réplique, elle a mis son veto à la folie humaine. Début 2017, elle nous a montré qu’elle était la plus forte et que notre bêtise n’irait pas plus loin. 4 des plus grands volcans de la planète ont explosé pratiquement en même temps : Le Yellowstone aux Etats-Unis, le Vésuve en Italie, le Sinabung en Indonésie et le Chiveloutch en Sibérie.
- Est-ce que ce sont les bombes nucléaires qui ont fait ça ?
- Probablement pas même si les américains se sont demandés si l’explosion de Dallas n’avait pas déclenché l’éruption du Yellowstone. Mais je ne crois pas ma chérie. Et puis de toute façon, on n’a pas vraiment pu continuer à se poser des questions.
- Qu’est-ce qu’il s’est passé ensuite ?
- Eh bien la vie s’est pour ainsi dire, arrêtée. En tous cas, la vie telle qu’on la connaissait. Pendant des semaines, les 4 volcans ont craché de la lave et des cendres, obscurcissant le ciel de toute la planète. Il n’y a pas eu d’été cette année-là. Juste de longs jours gris, interminables. Toute l’économie s’est effondrée. Plus rien ne pouvait circuler, plus rien ne pouvait fonctionner : pas d’avion, pas de camion, pas d’usine, pas d’agriculture. On a vécu de nos réserves. Mais surtout on a appris à vivre autrement, avec la certitude que nous n’étions que des grains de sable, que des jouets dont la nature pouvait disposer à sa guise. Nous avons réappris à la voir, à l’estimer.

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Elle se serre maintenant contre moi. Je sens qu’elle aussi pleure. Je referme l’ordinateur, le range dans son papier-bulle et son polystyrène puis dans son carton et dis :

- Ca suffit pour aujourd’hui, je suis épuisé. Va remettre ça où tu l’as trouvé s’il-te-plaît.

Elle ne se fait pas prier. Elle en a assez entendu. Et moi j’en ai assez dit. Je laisse tomber ma tête en arrière. Tandis que les souvenirs se bousculent, je sens que je m’assoupis peu à peu…

Quand j’ouvre à nouveau les yeux, j’ai l’impression que seules quelques minutes se sont écoulées. Pourtant l’obscurité qui a envahi la pièce me fait rapidement comprendre que j’ai dormi plusieurs heures . Je dresse l’oreille, je n’entends pas la petite. C’est étrange. Est-elle encore en train de fouiller dans les malles du grenier ? L’ordinateur est posé sur mes genoux. Je croyais lui avoir dit de le ranger. J’appuie sur une touche du clavier pour qu’il s’éveille lui aussi. La lumière diffusée par l’écran me laisse voir mes mains. Je les observe, interloqué. Ce sont les mains d’un homme jeune. Elles sont lisses, aucune ride ne les marque encore. J’ai du mal à me réveiller, mon cerveau navigue encore entre un état semi-inconscient et la pleine réalité. Je fixe alors l’écran pour essayer de comprendre ce qui m’arrive. Un fil twitter est ouvert. Il parle d’attentat à Nice, de coup d’état en Turquie, d’état d’urgence. Je glisse la souris en bas de l’écran pour faire apparaître l’horloge. 19 juillet 2016, 22h22.





samedi 25 juin 2016

Panem et circenses – acte 2 - inondations à Wasselonne et Westhoffen - 24 juin 2016








Du pain et des jeux, actes 2- 24 juin 2016. Oubliés à nouveau les jeux. L’Euro s’est justement tu pour quelques jours, le temps de passer des phases de poules aux 8e de finale. L’info du jour, c’est le brexit. Le séisme, le choc : le Royaume Uni a voté sa sortie de l’Europe. On s’offusque ou on se réjouit, au choix. Tiens, ça me fait penser à quelque chose : les équipes du Royaume Uni, qui on ne sait pas trop pourquoi, sont d’ailleurs désunies le temps de cet Euro, peuvent-elles terminer la compétition ? Mais là n’est pas le sujet, les journalistes, les économistes, les places boursières ne plaisantent pas avec ça. Haro sur les britanniques !! Le petit peuple a bêtement voté pour un truc qui va avoir un impact monstrueux sur notre économie. Tous les superlatifs y passent ! L’élite est perplexe ! Ils oublient juste de se demander pourquoi le « petit peuple » a voté comme ça ...

Mais peu importe, en ce 25 juin, dans les petits villages d’Alsace, l’Euro, la victoire du Racing lors de la finale du Top 14 ou le Brexit ne sont pas les sujets de conversation qui priment. Pas besoin de comprendre l’alsacien pour savoir de quoi parlent tous les villageois ce matin quand ils se croisent à la boulangerie. La nature s’est à nouveau rappelée à nous. Nous sommes peu de choses. On ne veut pas le voir et pas l’admettre et pourtant si Dame Nature a décidé qu’un orage tomberait ici, et bien tant pis pour nous si on est sur son chemin.

En tous cas, nous voilà obligés à nouveau d’oublier tout ce qu’il se passe loin d’ici et de revenir à des considérations pragmatiques et locales.

Je vais raconter ce 24 juin encore une fois de mon point de vue. L’idée n’est pas de raconter de ma vie mais de partager une vision à un instant T. C’est ma propre vision mais je suppose que certains s’y retrouveront et auront vécu des émotions quelques peu similaires.

La journée a débuté comme les deux dernières, c’est à dire sous un soleil de plomb. 23 ou 24 degrés dès le matin. Plus de 30 au plus chaud de la journée. Depuis mon bureau, je ne vois qu’un petit coin de ciel bleu et même si je sais que des orages sont prévus, je suis surprise quand je regarde facebook en quittant le boulot et que je découvre que des bouches d’égouts débordent à Westhoffen. Ca me paraît d’abord complètement décalé, voire impossible mais quand je sors et que je vois le ciel noir en direction du sud, je me dis que c’est peut-être vrai finalement …

Je quitte le travail en me demandant combien de temps je vais rouler avant de me retrouver en dessous de ces gros nuages… longtemps finalement. Il n’y a qu’en arrivant à Wasselonne qu’il commence à pleuvoir. Et encore, le plus gros de l’orage est passé. Je pense alors pouvoir rentrer sans encombre. Manque de chance, ce sont les 3 derniers kilomètres qui seront les plus compliqués ! La petite route entre Wasselonne et Westhoffen, toute en bosses, montées et descentes, est envahie par le trop-plein d’eau qui déborde de tous les côtés. Les fossés sont saturés et s’étalent sur la route. A chaque chemin croisé, sa petite coulée de boue. La route est quasi impraticable et pourtant je suis et je croise beaucoup de voitures. C’est l’heure de sortie des bureaux, il y a du monde qui circule. Quand je réussis enfin à arriver à l’entrée de Westhoffen, une file de voitures essaie de sortir de la rue du Fruehof. Je leur fais signe de s’arrêter, leur dis que s’ils peuvent éviter, il vaut mieux ne pas s'engager sur la route de Wasselonne. Mais je ne trouve pas d’écho : on me dit que c’est pareil de l’autre côté. Le conducteur d’une camionnette qui tire une remorque me répond qu’il doit rentrer au dépôt. Certes … Peut-être que ça aurait pu attendre 10 minutes mais après tout, c’est lui qui voit !

Ce que je ne sais pas à ce moment-là, c’est que la RN4 est dans le même état : contournement de Marlenheim, Kronthal : l’eau dévale d’un peu partout et rend la circulation compliquée !

Même punition pour l’entrée de Westhoffen depuis Balbronn ou Traenheim : le ruisseau a débordé et la route est progressivement envahie.

Il ne pleut plus maintenant et l’eau qui était montée des égouts saturés, redescends aussi vite qu’elle était venue. En sortant le chien, qui a quand même envie de faire sa balade, je passe devant un restau où on me dit qu’il y avait 15 cm d’eau quelques minutes plus tôt. Pareil pour la fleuriste mais elle me quitte rapidement en me disant qu’il y a pire ailleurs dans le village car il y a eu des coulées de boue qui sont descendues depuis les collines et qu’elle doit aider des plus sinistrés qu'elle.

A pieds ou en voiture, on ne peut pas aller bien loin car beaucoup de routes sont coupées. Alors me revoilà sur internet, comme il y a un peu plus de 2 semaines, pour essayer de suivre ce qu’il se passe, pour savoir si mes amis ne sont pas touchés. D’ailleurs, ça marche dans les 2 sens puisque beaucoup s’inquiètent de ce qu’il se passe à Westhoffen. Les réseaux sociaux, c’est génial pour tout savoir dans ces cas-là. Info trafic Bas-Rhin, Météo Suivi Alsace permettent de suivre la situation en direct grâce aux photos et commentaires des internautes de toute l'Alsace. Mais ce que certains peuvent être agaçants parfois ! Ils n’hésitent pas à y aller de leur smiley ou autre « mdr » à la vue des images d’inondations. D'autres se plaignent car ils n’ont pas une goutte de pluie et qu’il fait trop trop chaud (doit-on leur rappeler que pas plus tard que mardi dernier,c’est à dire il y a 3 jours, les températures ne devaient pas dépasser 18 ??). D’autres rêvent d’un orage car « c’est trop beau à regarder » ou encore pour rafraîchir un peu leur nuit. J’ai juste envie de leur répondre qu’ils sont en train de commenter des photos de villages inondés et, qui dit villages inondés, dit dégâts, meubles, électroménagers et autres biens fichus, nettoyage et gens très affectés etc etc …

A Westhoffen, plus tard dans la soirée, alors que le soleil et la chaleur sont revenus, beaucoup passent voir l’étendue des débordements près de la salle polyvalente. Le carrefour est encore inondé et les enfants s’amusent d’aller y patauger avec leurs bottes en caoutchouc. Le parc de jeux est encore pour partie sous l’eau. L’enceinte en bois du terrain de pétanque a glissé de plus d’un mètre.

La nuit est ensuite agitée pour beaucoup. La météo promet de nouveaux orages violents et elle ne se trompe pas. On est réveillé par les coups de tonnerre et le bruit des trombes d’eau qui s’abattent à nouveau. Wasselonne a droit à son nouveau cauchemar : ce ne sont pas les mêmes rues que le 7 juin cette fois, mais des scènes similaires : on écope, on racle, on pompe l’eau qui envahit les caves et les garages. La RN4 est à nouveau envahie,le quartier de l’ancienne gare, l’entrée du village en venant de la route de Westhoffen, Brechlingen. La Mossig déborde …

Bref, c’est reparti. Les sinistrés du 7 juin ont dû passer une mauvaise nuit. Comment ne pas regarder chaque noirceur comme une vision cauchemardesque ? Chaque grondement de tonnerre lointain comme le signe d’une prochaine inondation ? Est-ce que ça va encore recommencer ? Quand est-ce que ça va se terminer ?

Les pompiers sont à nouveau mobilisés. Ils ont dû passer une bonne partie de leur soirée et de leur nuit à vider des caves, des garages, peut-être des maisons et on ne peut qu’être admiratif du boulot que font ces hommes.

Ce samedi, on retrouve le ballet des pelleteuses, des nettoyeuses. Le camion de la SDEA tourne pour vérifier chaque bouche d’égout (enfin, je suppose que c’est ce qu’ils font). A Wasselonne, les pompiers tentent de vider le bassin de rétention qui, vu les traces de boue et l’état du grillage tout autour, a certainement débordé cette nuit. Certaines routes sont redevenues brunâtres alors que la plupart avaient été soigneusement nettoyées. Les panneaux « route barrée » fleurissent à nouveau. Entre Wasselonne et Westhoffen, de l’eau coule encore depuis les champs. Elle rejoint toute celle qui sature encore les fossés.

Heureusement, la météo nous dit que c’est fini pour cette fois. On devrait retrouver le soleil rapidement. « Jusqu’à quand ? », ne peut-on s’empêcher de se demander. Et si c’est la question qui est sur toutes les lèvres aujourd’hui près de chez moi, c’est probablement le cas un peu partoutdans le Grand Est. Je citerai, au gré de ce que j’ai vu circuler sur le net : Saverne dont le centre ville était sous 25 cm d’eau, Geispolsheim, Romanswiller à nouveau, Strasbourg, Kuttolsheim, Balbronn, Still, Salenthal et probablement tant d’autres dans les régions voisines ...


Panem et circenses... j’espère qu’il n’y aura pas d’acte 3.